par (Libraire)
1 septembre 2022

Les elfes musiciens

Fidèle à sa marotte d'auteur, Julien Dufresne-Lamy nous invite à plonger dans l'intimité de ceux qui vivent un peu en marge, les gens "différents", dont on imagine mal le quotidien et dont on survole souvent les problématiques, faute de les connaître intimement. Après l'univers pailleté des drag queens ou la transexualité, entre autres, l'auteur nous parle cette fois du handicap. Connaissez-vous le syndrome Williams-Beuren ? Eh bien nous, avant cette lecture, pas vraiment. C'est donc en ignorantes que nous avons parcouru ces pages et avons découvert ces familles et ces parcours de vie. Commençons par le commencement.
A la conception du fœtus, un morceau du chromosome 7 se détache. Dans le bout manquant, plusieurs gênes assez... importants. Les enfants porteurs du syndrome sont très nombreux à ne pas savoir faire une soustraction à l'âge adulte. Egalement très nombreux à posséder l'oreille absolue et à avoir extrêmement besoin de contact humain. Tous ont ce physique très particulier, ces visages de lutins ou d'elfes aux bouches larges et au sourire immense. Comment fonctionne ce handicap ? A quelles réalités sont confrontés les membres de la famille qui gravitent autour du porteur, et le porteur lui-même ? Certes, on aborde les multiples rendez-vous médicaux, la réorganisation totale d'un quotidien qu'on avait peut-être fantasmé tout autre en décidant de créer un foyer, la fatigue, la communication difficile, le sentiment de désœuvrement parfois. Mais on parle aussi de la solidarité, de familles aimantes et soudées, prêtes à tout pour offrir un avenir à cet enfant qui mérite toute sa place, des émotions fortes qu'offrent ces parcours si intenses, de la résilience et évidemment de l'amour, l'amour, l'amour. C'est sûrement très bateau à dire mais la différence offre toujours des leçons précieuses et Julien Dufresne-Lamy en a fait son sujet de prédilection une fois de plus avec beaucoup d'intelligence et d'empathie.

par (Libraire)
24 septembre 2022

Femme-animal, femme-forêt

Claudie Hunzinger, par l’intermédiaire de son alter ego littéraire, raconte un épisode qui l’a bouleversée et a donné un nouveau souffle à sa vie, alors qu’elle était déjà une femme âgée et ressentait de plus en plus fort les effets de la vieillesse, la détérioration de son corps, de ses capacités, la fatigue et la lenteur qui la gagnaient. Sophie Huizinga vit dans une petite maison très ancienne au pied d’une montagne et d’une magnifique clairière, à deux pas de la forêt. Elle n’aime rien plus que s’immerger dans la nature, la sentir vibrer autour d’elle, être dehors et ne faire qu’un avec l'extérieur. Contrairement à elle, son compagnon passe ses journées et ses nuits enfermé dans sa chambre à dévorer livre sur livre. Sa vie, c’est la fiction. Sophie aussi écrit, des romans empreints de son amour pour la nature et le vivant. Un soir, une petite chienne maltraitée arrive au pas de leur porte. Le couple lui donne à boire et à manger, mais sitôt rassasiée, elle s’enfuit. Dès lors, Sophie l’attend. Quelque chose s’est passé lorsqu’elle a plongé ses yeux dans ceux de l’animal, une connexion. Une promesse d’amitié. Malgré ses blessures, lorsqu’elle revient enfin, la petite chienne provoque un tourbillon de joie et d’énergie dans la maison. Et Sophie, à ses côtés, ne se sent plus si vieille et diminuée. Le besoin de profiter encore de sa propre animalité, d’être présente à tout, connectée, reprend le dessus. On sent chez Claudie Hunzinger un amour pour les éléments, les animaux, les végétaux, absolument immense et indéfectible. Comme elle le dit, elle se sent elle-même parfois beaucoup plus proche des animaux que des humains. La destruction de la nature, l’effondrement progressif du monde à cause d’un capitalisme sauvage, l’irrespect du vivant par un humain arrogant et sûr de sa supériorité est pour elle une déchirure. Cet amour provoque à la fois une intense souffrance, un bonheur et une vitalité hors du commun, c’est cet amour qu’elle essaie aussi d’exprimer dans ce récit, à l’aide d’une écriture poétique, douce, où elle trouve toujours la belle image qui nous soulève d’émotions, tout en nous invitant à la contemplation.