Les roses fauves
par (Libraire)
11 novembre 2020

Jardins envoûtants et amours impossibles

Carole Martinez découvre une vieille carte postale montrant une boiteuse, de dos, dans un village de Bretagne. Se sentant étrangement inspirée par ce personnage inconnu, elle décide de passer trois mois sur les lieux pour écrire son nouveau roman. Elle rencontre alors Lola, postière boiteuse elle aussi, qui lui parle d'un étrange événement survenu un peu plus tôt. Le mur séparant son jardin du cimetière s'est fissuré, laissant passer un puissant vent qui a envahi sa maison et a fait sauter les coutures de l'un des cœurs en tissu qu'elle garde dans son armoire et se transmettent de mères en filles. Ces cœurs contiennent des secrets qu'elles écrivent avant de mourir. Puisqu'il est à présent ouvert, Lola et Carole décident de plonger dans les confidences d'Inès Dolorès et découvrent une malédiction touchant toutes les femmes de cette famille, liée à des roses fauves au parfum si envoûtant qu'il provoque d'insatiables désirs... De semaines en semaines, alors qu'elles s'enfoncent dans ses écrits, cette histoire tourne à l'obsession pour la romancière tandis que Lola se transforme, à l'image de ses aïeules. Comme d'habitude, l'écriture de Carole Martinez est une merveille de poésie, puissante et évocatrice à souhait ! Elle imbrique avec brio ses éléments récurrents refaisant surface de générations en générations, sait distiller son mystère, joue habilement entre les frontières du réel et de la fiction. On parle de désir, d'amours cachés et impossibles, de revenants, de sauvagerie que l'on porte en soi. Tout simplement superbe !!

Le silence des vaincues

Barker, Pat

Charleston

22,50
par (Libraire)
8 novembre 2020

Briseis, Hécube, Andromaque, Hélène et les autres

Il en est de l'Iliade et l'Odyssée comme du Larousse et du Robert, de Ginette Mathiot et Francoise Bernard, de One Piece et Demon Slayer, les partisans des uns sont irréconciliables avec les autres. Je suis fan de l'Iliade. Ulysse, ses ruses et son odyssée me fascinent moins que ces pauvres grecs et troyens qui s'épuisent dans une guerre sans fin, pauvres marionnettes qu'ils sont entre les mains des Dieux qui se jouent d'eux. Notre vie, quoi.
Pat Barker apporte une brillante contribution aux multiples réécritures de l'Iliade (alors que vous me concéderez qu'à part James Joyce, l'Odyssée n'a pas fait de petits...).
Briséis était reine de Lyrnessos, ville moins bien protégée que Troie et dont les grecs ne firent qu'un morceau, massacrant tous les hommes et réduisant les femmes en esclavage. Elle est offerte en trophée à Achille, le guerrier des guerrier, et assiste, depuis le camp des grecs à l'épuisant siège de l'irréductible Troie. Pat Barker revisite les immenses morceaux d'anthologie de l'Iliade (la colère d'Achille, la mort de Patrocle et le désespoir d'Achille, la conduite sacrilège d'Achille avec le corps d'Hector, et l'éternellement bouleversante visite nocturne de Priam venu réclamer le corps de son fils Hector auprès d'Achille). La réussite de Pat Barker est de nous faire vivre ces moments à travers le regard et les silences de Briséis, et à travers elle, à travers le regard de toutes les femmes qui dans les guerres de tous les temps, perdent leurs hommes, pères, fils, enfants, et souffrent dans leur chair des violences de la guerre. Avec une plume parfois triviale, parfois incandescente, et soulignée d'une sourde et douloureuse émotion, Pat Barker rend compte de l'exceptionnelle modernité de cette histoire de bruits et de fureurs.