Une maison à Bogotá

Santiago Gamboa

Anne-Marie Métailié

  • par
    17 avril 2022

    Étrange roman qui au gré de la visite des pièces de la maison nous embarque dans le monde entier pour toujours revenir à Bogotá. Santiago Gamboa digresse sur des sujets brûlants : l'errance, l'éloignement de ses racines, l'enfance, l'idée de postérité, son pays la Colombie et sa politique, les très grandes disparités entre riches et pauvres... "... à la fin de chaque mois sonnait l'alarme du découvert, surtout lorsque je découvrais que la totalité de mon salaire ne suffisait pas à le couvrir. Je compris alors qu'être pauvre coûtait cher. On passe son temps à payer des intérêts et des pénalités, et à demander un prêt pour payer les intérêts, plus les intérêts d'un nouveau prêt pour acheter une voiture d'occasion qui tombait souvent en panne. [...] Être riche coûte réellement moins cher." (p.132)

    Chaque fois qu'il part dans ses souvenirs, dans ses pensées, le philologue argumente, écrit de beaux paragraphes, de belles et longues phrases. Il y clame son amour des arts et de la littérature en particulier malgré une baisse ambiante de son attrait : "Nous sommes la postérité de Shakespeare, nous le lisons encore mais il se peut que notre génération soit la dernière à ouvrir ses livres, ou ceux de Cervantes et de Balzac. Quelle importance peut avoir pour nous une postérité qui les oublie peu à peu ? On peut craindre que tout ce que nous faisons soit voué à disparaître. Tombe dans un oubli complet. C'est pourquoi la seule chose qui ait du sens est en fin de compte d'écrire pour le présent le plus vibrant, où il reste encore quelques personnes qui apprécient la littérature. C'est la fin d'une fête de l'esprit qu'il faut vivre jusqu'à notre dernier soupir." (p.75)

    Tout est dit, que pourrais-je ajouter ? Rien qui ne serait aussi bien dit ou écrit. Santiago Gamboa aime l'écriture et la lecture. Cela se sent et il sait partager sa foi en la littérature dans ce roman qui pourrait sembler partir dans tous les sens et qui est au contraire diablement maîtrisé, qui ne nous perd jamais, nous accroche dès son début et ne nous lâche pas une seule fois. J'ai déjà pas mal cité d'extraits, j'en avais repéré encore plein, mais le mieux est de les découvrir dans l'entièreté du roman.


  • 18 mars 2022

    Colombie

    La fameuse maison de Bogotá acheté par le philologue n’est au fond qu’un prétexte pour nous parler de sa vie si riche.
    Après nous avoir expliquer pourquoi l’écrivain voulait acheter cette maison, et après le déménagement, le narrateur nous la présente pièce après pièce. Mais pas de grandes descriptions à la Zola. Disons plutôt que le personnage se laisse entrainer par les souvenirs liés à certains objets.
    J‘ai été déroutée par ce récit fait de pièces de souvenirs, à l’image des pièces de la maison ayany chacune une fonction différente.
    J’ai aimé me perdre dans les méandres de la mémoire du narrateur.
    J’ai aimé la tante, haut-fonctionnaire de l’ONU appelée à travailler aux quatre coins du monde et emmenant avec elle son neveu dont les parents sont décédés. J’ai aimé la découvrir et découvrir son passé par petites touches (sa relation avec un FARC).
    J’ai aimé le questionnement du narrateur quand il décrit la décrépitude de certains êtres humains : quelle enfance avaient pu avoir ses misérables ?
    J’ai été surprise de lire en entier des passages décrivant des pratiques sexuelles limites.
    Car dans ce roman, l’auteur nous parle aussi de notre fascination pour la laideur, le louche.
    A ce propos, le narrateur lui-même cache un sombre secret.
    Un roman envoûtant et fluctuant, qui dévoile à peine une vie.
    Quelques citations :
    Qu’un modeste garçon de café pût s’acheter une voiture de sport en hypothéquant ainsi son avenir lui paraissait une horripilante méthode d’exploitation fondée sur l’arrivisme.
    « Houses live and die » écrit Eliot. Les maisons vivent et meurent.
    Se voir, regarder sa propre vie depuis la fenêtre d’en face : c’est peut-être à cela que servent les livres, à cela que sert l’art. Pour nous regarder depuis un endroit éloigné.
    L’image que je retiendrai :
    Celle du thé que prennent chaque jour le narrateur et sa tante, un thé on the rocks qui n’a de thé que le nom.