Les enfants endormis

Anthony Passeron

Globe

  • Conseillé par (Libraire)
    3 décembre 2022

    Oraison funèbre

    Il y a, dans la famille du narrateur, comme un silence, une absence, des photos rangées dans une boite à chaussure "qu'on ne laisse jamais ouverte" très longtemps. Lorsqu'il demande à son père quel est le plus lointain voyage que celui-ci ait fait, la réponse l'étonne, Amsterdam. Pourquoi Amsterdam ? "Pour aller chercher ce gros con de Désiré". Réponse lapidaire, taiseuse qui cache des monceaux de chagrin et de secrets.
    Dans cette famille installée dans l'arrière-pays niçois, on est boucher de père en fils, commerçants prospères et respectés, durs à la tâche et travailleurs, on tient son rang. Désiré (ce nom !) est l'ainé, le préféré, celui qui a fait ses études à Nice. Il travaille chez le notaire du bourg. Prestige et fierté. Alors quand il revient les yeux trop cernés de ses week-ends de bringue à Nice, on ferme les yeux. Et quand il commence à manquer de l'argent dans la caisse, on botte en touche. Désiré, l'air de rien, sans d'abord se départir de son aura de fils chéri, s'enfonce doucement dans l'héroïne, de plus en plus maigre, et de plus en plus livide. Le fils prodigue se marie, a un enfant. Le couple s'enfonce dans la dope, et lorsque ces deux-là commencent à tomber malades sans que l'on sache trop d'ou viennent ces pneumonies et ces taches sur la peau, notre coeur de lecteur se serre. On est dans les années 80, et nous savons que le SIDA se développe à vitesse fulgurante, nous savons que l'ignorance et la peur ont condamné des malades à mourir seuls, comme des pestiférés. Les parents de Désiré, malgré un déni obstiné (notre fils ne peut pas avoir attrapé cette maladie) l' accompagneront jusqu'au bout, sans jamais lui lâcher la main, partageant avec le corps médical la détresse liée à l'impuissance; Et pourtant, simultanément et dans tout le roman, en chapitre alternant, se déroule l'incroyable fil de l'identification du virus par les épidémiologistes, et la course effrénée avec les équipes américaines pour être les premiers à trouver un vaccin. Des premières apparitions d'une maladie nouvelle et dévastatrice jusqu'à la mise au point des trithérapies, Anthony Passeron déroule le fil d'une épopée scientifique.
    Avec ce premier roman, Anthony Passeron en entre-mêlant une chronique familiale tragique et bouleversante avec un quasi thriller scientifique réalise une entrée assez fracassante dans notre paysage littéraire.


  • Conseillé par
    3 janvier 2023

    Un roman intense

    C'est l'histoire d'un fils adoré que l'on a porté aux nues, à qui l'on a tout offert. Et qui s'est échiné à tout détruire, à commencer par lui-même, dévoré par la drogue et aspiré dans le néant par le sida.

    C'est aussi l'histoire de cette maladie, de ces médecins qui n'ont pas tourné le dos à des malades que la société rejetait.

    Mais c'est surtout l'histoire d'une famille détruite, ravagée par la maladie mais qui va se battre et se battre...

    C'est un 1er roman pour Anthony Passeron et l'histoire vraie de sa famille.

    Roman intense, sur des notes très tristes par moment. Lu d'une traite impossible à lâcher !

    Conseillé par Patricia D. (Librairie Madison)


  • Conseillé par (Libraire)
    15 novembre 2022

    Anthony Passeron fouille dans les secrets de famille à la recherche de Désiré, cet oncle inconnu sur lequel plane un voile de mystère. Au cours de son enquête, il se confronte à l'histoire du SIDA en France. Alternant le récit familial et l'enquête médicale, l'auteur nous en apprend autant sur l'époque que sur la maladie en elle même. Ce beau texte fait toute la lumière sur les étapes de la recherche, sans rien omettre du déni face à l'ampleur de l'épidémie, des malades exclus et de la tragédie commune de milliers de familles. Alors Désiré retrouve sa place dans la mémoire familiale. Passionnant, émouvant, puissant !


  • Conseillé par (Libraire)
    7 novembre 2022

    Anthony Passeron fouille dans les secrets de famille à la recherche de Désiré, cet oncle inconnu sur lequel plane un voile de mystère. Au cours de son enquête, il se confronte à l'histoire du SIDA en France. Alternant le récit familial et l'enquête médicale, l'auteur nous en apprend autant sur l'époque que sur la maladie en elle même. Ce beau texte fait toute la lumière sur les étapes de la recherche, sans rien omettre du déni face à l'ampleur de l'épidémie, des malades exclus et de la tragédie commune de milliers de familles. Alors Désiré retrouve sa place dans la mémoire familiale. Passionnant, émouvant, puissant !


  • Conseillé par
    29 septembre 2022

    drogue, famille

    Un rappel des faits ? Un roman ? Difficile à dire, mais ce n’est pas cela qui importe.

    Un livre très bien écrit que l’on ne lâche pas, sur le SIDA.

    Les chapitres alternent entre ceux rappelant les faits nationaux et internationaux concernant la découverte de la maladie, et ceux concernant la famille de l’auteur et plus particulièrement son oncle Désiré.

    J’ai eu de la peine pour Désiré, enfant aîné chéri destiné à reprendre la boucherie familiale, premier à avoir son baccalauréat mais préférant chevaucher le dragon de l’héroïne.

    Elle m’a agacée, la grand-mère du narrateur qui ne se rend compte de rien et nie jusqu’au bout la réalité, et, quelque part, son échec.

    J’ai été passionnée par le rappel des recherches colossales entreprises pour tenter de soigner une population que personne ne prenait en compte.

    Des chercheurs empathiques dont les patients avaient souvent le même âge qu’eux.

    Des chercheurs qui travaillaient en équipe sur tout le territoire (sans Internet à l’époque) et qui étaient issus de plusieurs disciplines médicales.

    J’ai aimé le prologue qui explique que ce livre pour sa famille est écrit pour leur montrer que la vie de Désiré s’était inscrite dans le chaos du monde, un chaos de faits historiques, géographiques et sociaux. Et les aider à se défaire de la peine, à sortir de la solitude dans laquelle le chagrin et la honte les avaient plongés.

    Une lecture qui m’a parlé et dont j’ai aimé le regard et l’analyse sur les faits internationaux et les faits familiaux.

    Une citation :

    Le péché intime d’avoir voulu vivre une sexualité libre, eu des relations homosexuelles, de s’être injecté de l’héroïne en intraveineuse (…), d’avoir voulu satisfaire son désir d’enfants quand on se savait pourtant condamnée. Des malades étaient plus coupables que d’autres. (p.181)

    L’image que je retiendrai :

    Celle de Désiré et de sa femme Brigitte, au loin sur les photos de famille, maigres et édentés, mais pourtant toujours présents.


  • Conseillé par (Libraire)
    19 septembre 2022

    Pour ne pas oublier

    De son oncle Désiré, Anthony Passeron ne sait pas grand chose. Quelques bribes de-ci de-là et puis ce silence assourdissant d'un passé volontairement tu par chaque membre de la famille. "Chacun à sa manière a confisqué la vérité", partant de ce constat, Anthony Passeron décide d'écrire ce livre. Pour que l'histoire familiale ne sombre pas dans l'oubli voire le déni. Pour témoigner de l'infinie solitude dans laquelle sa famille s'est retrouvée face à une maladie dont on ne savait rien.
    Anthony Passeron juxtapose à ce récit intime, un récit objectif, documenté relatant le sinueux et difficile processus d'identification de la maladie par les chercheurs, et les avancées scientifiques.
    Ce parallèle ne faisant que renforcer l'extrême solitude et l'impuissance dans lesquelles sa famille - ses familles se sont trouvées. Un récit grave, à double portée : informer, dresser un état des lieux d'une époque, de la survenue du virus et rendre hommage à la dignité de ses proches...
    Un texte fort, et bouleversant.


  • Conseillé par
    17 septembre 2022

    Anthony Passeron mêle une enquête documentée sur la découverte du SIDA en France à l'histoire de sa propre famille. Il y est question de la responsabilité de l’État dans la gestion de la pandémie, de transfuge de classe, d'héritage, et de la violence de la stigmatisation. L'écriture est prenante et le texte évidemment bousculant. C'est une lecture qui secoue mais qui nous interroge encore à propos de ce que la peur fait de nous quand l'inconnu s'y mêle. Un remarquable premier roman !


  • Conseillé par (Libraire)
    29 août 2022

    Pour ce premier roman, Anthony Passeron frappe très fort ! Un uppercut sensible, sobre, pudique. L'auteur réhabilite l'honneur de son oncle et rappelle l'engagement sans faille des chercheurs qui ont tout fait pour sauver ces millions de vies. C'est si bien écrit qu'on se met à croire que la fin ne sera pas celle qu'on connait tous. C'est intense. Sanglots assurés !


  • Conseillé par (Libraire)
    26 août 2022

    L’auteur remonte dans son passé familial pour redonner vie à son oncle Désiré, mort du sida en 1987.
    Dans l’arrière-pays niçois ses grands parents ont une boucherie prospère. L’ainé de leurs fils fut le premier à obtenir le bac à Nice. Mais de la grande ville, il ramena aussi l’héroïne, son accoutumance, … et le sida.
    Déni des parents, solitude et incompréhension devant une maladie inconnue, l’auteur retrace aussi en parallèle la découverte du virus, la difficulté des recherches et la longue lutte pour rendre un semblant d’humanité à ces malades considérés comme des parias.
    Beau et triste tableau d’une famille brisée par une maladie tabou (la maladie des homos et des drogués) d’une famille qui a éclaté après le décès du frère, de la belle sœur et de leur fille, contaminée à la naissance.