Conseils de lecture

19,00
par (Libraire)
8 novembre 2020

Le Lubéron, cette terre des dieux.

Le narrateur de ce formidable roman profite à fond du bonheur de vivre dans cette belle terre du Lubéron dont la création nous est expliquée dans les premières pages (une histoire entre Dieu qui au bout de 7 jours de gros boulot pour créer le monde, décide de se faire un petit plaisir en invitant l'Air, le Feu la Terre et l'Eau à lui montrer ce qu'ils savent faire de mieux).

Une nuit d'orage, Monsieur Sécaillat son vieux voisin, vient frapper à sa porte, un peu surpris par des monceaux d'éclats de poterie qu'il a découvert en abattant un mur de pierres sèches dans sa ferme. Décidés à fouiller clandestinement cet amas de tessons, nos deux archéologues amateurs ignorent encore que cette décision changera leur vie.

Partis sur les traces de Giono, Bosco ou Pagnol, on finira par croiser entre autres mystères l'envoutant regard d'une femme de pierre, les traces des éléphants d'Hannibal et une eau de source aux vertus surprenantes, tout en se demandant si le chat de la maison, le Hussard, n'en sait pas un peu plus que tout le monde sur ces étranges évènements. On lira aussi un merveilleux roman sur l'amitié, la fidélité aux rêves d'enfants, la transmission et la mémoire, sur l'immensité de l'univers et la puissance de cette terre provençale.


Roman

Charleston

22,50
par (Libraire)
8 novembre 2020

Briseis, Hécube, Andromaque, Hélène et les autres

Il en est de l'Iliade et l'Odyssée comme du Larousse et du Robert, de Ginette Mathiot et Francoise Bernard, de One Piece et Demon Slayer, les partisans des uns sont irréconciliables avec les autres. Je suis fan de l'Iliade. Ulysse, ses ruses et son odyssée me fascinent moins que ces pauvres grecs et troyens qui s'épuisent dans une guerre sans fin, pauvres marionnettes qu'ils sont entre les mains des Dieux qui se jouent d'eux. Notre vie, quoi.
Pat Barker apporte une brillante contribution aux multiples réécritures de l'Iliade (alors que vous me concéderez qu'à part James Joyce, l'Odyssée n'a pas fait de petits...).
Briséis était reine de Lyrnessos, ville moins bien protégée que Troie et dont les grecs ne firent qu'un morceau, massacrant tous les hommes et réduisant les femmes en esclavage. Elle est offerte en trophée à Achille, le guerrier des guerrier, et assiste, depuis le camp des grecs à l'épuisant siège de l'irréductible Troie. Pat Barker revisite les immenses morceaux d'anthologie de l'Iliade (la colère d'Achille, la mort de Patrocle et le désespoir d'Achille, la conduite sacrilège d'Achille avec le corps d'Hector, et l'éternellement bouleversante visite nocturne de Priam venu réclamer le corps de son fils Hector auprès d'Achille). La réussite de Pat Barker est de nous faire vivre ces moments à travers le regard et les silences de Briséis, et à travers elle, à travers le regard de toutes les femmes qui dans les guerres de tous les temps, perdent leurs hommes, pères, fils, enfants, et souffrent dans leur chair des violences de la guerre. Avec une plume parfois triviale, parfois incandescente, et soulignée d'une sourde et douloureuse émotion, Pat Barker rend compte de l'exceptionnelle modernité de cette histoire de bruits et de fureurs.


14,50
par (Libraire)
8 novembre 2020

Vivre à demi, s'abîmer, revivre

En 130 pages, Amanda Sthers ouvre en nous une immense brèche où s'engouffre tout entier son personnage, et l'on ressent tout ce qu'Alice ressent, on respire, on espère, on pleure et on rêve avec elle. A presque cinquante ans, Alice a le sentiment d'être une marionnette inanimée, oubliée dans un coin, dont plus personne, même pas elle, ne remue les fils. De son enfance dans le Nord, de ses premières rencontres avec des hommes qui voient en elle un jouet, de sa maternité survenue trop tôt, de sa fille qu'elle a tant aimée mais qui aujourd'hui rejette ce que représente sa mère, elle garde une amertume qui la ferme de plus en plus à la joie de vivre. Pourtant, un jour, le destin ("unmei") place sur son chemin Monsieur Akifumi, un masseur japonais, qui par quelques gestes délicats va réveiller le corps d'Alice et lui redonner l'envie d'être quelqu'un que l'on regarde, à qui l'on s'intéresse, et peut-être même, que l'on aime. Comment prolonger une intimité naissante lorsqu'on ne parle pas la même langue ? Comment revivre lorsqu'on a à peine appris à vivre ? Et si Alice se faisait des idées ? Pendant un an, bouleversée par cette rencontre, elle se plonge avec ardeur dans la culture nippone, apprend la langue, dévore les romans japonais. Enfin, un jour, malgré sa timidité, ses hésitations et sans aucune assurance de réciprocité, Alice commence une lettre pour Akifumi... L'écriture d'Amanda Sthers est d'une incroyable délicatesse, tout est émotion, ses mots nous gonflent le cœur et l'on n'a qu'une envie au sortir de cette lecture : prendre Alice dans nos bras. Lisez-le, offrez-le, c'est une perle !!


22,50
par (Libraire)
6 novembre 2020

Humanités boréales

En ces temps troublés et loin des fracas du monde, suivre Jon Kalman Stefanson dans sa chronique d’un village islandais perdu au milieu de nulle part, entre ciel, terre et mer est une expérience à la fois apaisante, loufoque, méditative et exotique.

« Avez-vous jamais réfléchi au nombre de choses qui tiennent au hasard, toute la vie peut-être ? C’est une pensée rudement déplaisante, le hasard est souvent aveugle, ce qui réduit notre existence à un ensemble de tâtonnements, cette vie qui semble aller dans toutes les directions et s’achève le plus souvent au beau milieu d’une phrase – peut-être est-ce justement pour cette raison que nous allons vous raconter les histoires de notre village et des campagnes environnantes (…) Nous commencerons ici, au village, et nous achèverons notre périple sur un pas-de-porte dans les campagnes du Nord, voilà nous commençons, qu’arrivent maintenant gaieté et solitude, retenu et déraison, que viennent la vie et les rêves – ah oui, les rêves. »

Vivre dans un fjord de l’ouest de l’Islande vous oblige probablement à ne pas vous compliquer la vie. Dans ces paysages d’immensités et d’infini, il vaut mieux rire que pleurer des petites misères du quotidien et des grands troubles de l’âme, boire beaucoup de café et s’étourdir de poésie.

Jon Kalman Stefanson, tel un esprit farceur et mélancolique, entre dans les maisons, traverse les champs et nous raconte comment l’Astronome, directeur de l’atelier de tricot, décide de dilapider tout son argent dans d’obscurs et précieux livres latins, comment Kristin, éperdue de jogging affole les sens électrisés du sobre fermier Kjartan, comment le doux Jonas, policier de son état, passe ses nuits à rédiger l’ultime livre sur les oiseaux des tourbières, et comment Aki se desespère de ne pouvoir compter les poisons dans la mer.

Les habitants de ce village nous sont à la fois étrangers et tellement proches, comme un autre nous-mêmes, rendu à la transparente lumière et aux aubes brumeuses des paysages islandais.


24,50
par (Libraire)
2 novembre 2020

Tu fouleras loin, et moi au près...

Dans une bourgade de campagne norvégienne, on raconte qu'il y a des siècles sont nées deux siamoises avec un talent inouï pour tisser de merveilleux tapis représentant des scènes de légende. Emportées jeunes par la maladie, leur père investit tout son argent et ses biens les plus précieux pour fabriquer en leur honneur deux superbes cloches au son très particulier, qu'il offrit à la paroisse. Le temps a passé. Astrid Hekne, leur descendante, est une jeune femme vive d'esprit, indépendante, qui rêve de choisir sa vie. Et des choix, Astrid devra en faire, car les choses vont s'accélérer au village et dans son propre cœur. Kai, le nouveau pasteur, a pour ambition de moderniser le culte. Leur église traditionnelle, abîmée par le temps et bien trop petite, ne correspond plus selon lui à ce que doit être une Maison de Dieu aujourd'hui. De son côté, Gerhard, un étudiant en architecture allemand a été dépêché par son Académie pour croquer sous tous les plans cette fameuse "église en bois debout", savant mélange de chrétienté et de symboles de la vieille religion norroise. Déjà rachetée par la Reine de Saxe, elle doit être démolie puis reconstruite à l'identique à Dresde, pour être exposée en tant que chef-d’œuvre historique. Reste la question des cloches, car Astrid refuse que ce trésor familial soit séparé de sa terre. Ce roman passionnant se lit d'une traite et nous transporte dans une ambiance de mystères et de grand froid, idéal pour la période hivernale ! Un très beau texte sur la tradition et la modernité, sur l'attachement à son histoire et sur l'amour, qui revêt bien des formes et se prouve de bien des manières. Calez-vous sous un plaid et lancez-vous !!