Ludivine F.

par (Libraire)
24 septembre 2022

Femme-animal, femme-forêt

Claudie Hunzinger, par l’intermédiaire de son alter ego littéraire, raconte un épisode qui l’a bouleversée et a donné un nouveau souffle à sa vie, alors qu’elle était déjà une femme âgée et ressentait de plus en plus fort les effets de la vieillesse, la détérioration de son corps, de ses capacités, la fatigue et la lenteur qui la gagnaient. Sophie Huizinga vit dans une petite maison très ancienne au pied d’une montagne et d’une magnifique clairière, à deux pas de la forêt. Elle n’aime rien plus que s’immerger dans la nature, la sentir vibrer autour d’elle, être dehors et ne faire qu’un avec l'extérieur. Contrairement à elle, son compagnon passe ses journées et ses nuits enfermé dans sa chambre à dévorer livre sur livre. Sa vie, c’est la fiction. Sophie aussi écrit, des romans empreints de son amour pour la nature et le vivant. Un soir, une petite chienne maltraitée arrive au pas de leur porte. Le couple lui donne à boire et à manger, mais sitôt rassasiée, elle s’enfuit. Dès lors, Sophie l’attend. Quelque chose s’est passé lorsqu’elle a plongé ses yeux dans ceux de l’animal, une connexion. Une promesse d’amitié. Malgré ses blessures, lorsqu’elle revient enfin, la petite chienne provoque un tourbillon de joie et d’énergie dans la maison. Et Sophie, à ses côtés, ne se sent plus si vieille et diminuée. Le besoin de profiter encore de sa propre animalité, d’être présente à tout, connectée, reprend le dessus. On sent chez Claudie Hunzinger un amour pour les éléments, les animaux, les végétaux, absolument immense et indéfectible. Comme elle le dit, elle se sent elle-même parfois beaucoup plus proche des animaux que des humains. La destruction de la nature, l’effondrement progressif du monde à cause d’un capitalisme sauvage, l’irrespect du vivant par un humain arrogant et sûr de sa supériorité est pour elle une déchirure. Cet amour provoque à la fois une intense souffrance, un bonheur et une vitalité hors du commun, c’est cet amour qu’elle essaie aussi d’exprimer dans ce récit, à l’aide d’une écriture poétique, douce, où elle trouve toujours la belle image qui nous soulève d’émotions, tout en nous invitant à la contemplation.

par (Libraire)
3 septembre 2022

Ses marins ne savent pas nager, mais elle, elle sait écrire !

Dans un XVIIIe siècle alternatif, les habitants de l'île d'Ys sont séparés en deux castes. Il y a d'abord les citadins vivant dans la ville fortifiée, poudrés, perruqués, passant leur temps dans les salons et les salles de jeux à parier, se faire une fortune, comploter et trouver de nouvelles conquêtes. Et il y a les riverains, vivant dans des villages au bord de l'océan, pêchant, salant la morue, récupérant sur les navires naufragés de quoi se faire quelques piécettes au marché. Ceux-là, dans leur misère, espèrent un jour que leur nom sera retenu pour intégrer la cité à l'issue d'un tirage au sort, pendant la Saine Rotation. Chaque année en effet, ils frôlent la mort. Un funeste raz-de-marée balaie l'île avec une violence inouïe, risquant d'emporter tous ceux qui n'ont nul rempart derrière lequel s'abriter. Danaé Poussin est orpheline. Sur le rivage, elle grandit parmi les rochers et les algues, rêvant de la vie en ville. Son grand atout : contrairement à la majorité de ses semblables, Danaé sait nager !
Ainsi commence le récit de sa vie, riche de rencontres, d'histoires d'amour contrariées avec des marins aventureux ou des citadins trop joueurs, d'abandons, de retrouvailles, d'espoirs nourris, chéris, déçus, de longs voyages sur un bateau, à pieds, à la nage, sur le rivage, dans la cité... C'est l'histoire de mondes qui se toisent, s'affrontent, s'envient. On y croise une galerie touffue de personnages, saleuses, maitre d'escrime, pêcheurs, tenancière de cabaret, intrigantes, nobles capricieux, aventuriers téméraires, pilotes idéalistes, gamin des plages, voleurs, pilleurs, complexes, révoltés, attachants. C'est l'histoire d'un vieux monde produisant son lot d'injustices, de frustrations, de vies brisées, qui s'apprête, comme tant et tant de bateaux au large d'Ys, à faire naufrage. A l'instar des flots entourant l'île, tout n'est que mouvement et certaines vagues sont inévitables.
Un formidable roman et une fable politique de grande ampleur, écrite dans une langue poétique et inspirée, ce livre est la preuve de la foisonnante créativité de son autrice qui nous a épatées !!

Héloïse d'Ormesson

19,00
par (Libraire)
3 septembre 2022

Un ange portant le diable sur son épaule

Premier roman de l'autrice, Garçon au coq noir est une véritable réussite, un récit étrange, mystérieux, où les saynètes inscrites dans une époque médiévale incertaine se succèdent comme dans un rêve éveillé, ou un cauchemar latent. On a beau se pincer la joue, on ne sait jamais tout à fait si on en est sorti... Il règne dans ce texte une ambiance particulière, alourdie par la poussière et la cendre, sombre comme un jour de pluie sans fin que le héros, avec sa douceur, sa gentillesse et sa droiture morale traverse sans jamais totalement ployer. Un fort caractère, ce Martin. A 11 ans, orphelin après un drame familial, il effraie les villageois qui s'en servent en même temps comme souffre-douleur. Son coq noir toujours perché sur l'épaule, on dit qu'il marche avec le Diable. L'enfant est futé, malin et lucide au milieu de tous ces badauds avinés et stupides et ces villageoises sans compassion. Et il a bon cœur ! Quand sous ses yeux, une fillette est enlevée à sa mère par un mystérieux cavalier encapuchonné, il n'hésite pas. Il doit se lancer à sa recherche ! Ce n'est pas la première fois qu'un enfant est enlevé. Cela dure depuis la nuit des temps. Chaque patelin connait l'histoire, mais personne ne fait rien. Martin part sur les routes en compagnie de son coq et d'un peintre fantasque, en quête de justice. On adore cette plume hypnotique et onirique !

Sibylle Grimbert

Anne Carrière

18,90
par (Libraire)
2 septembre 2022

Comment aimer ce qui est voué à disparaitre ?

Milieu XIXe siècle, les collectionneurs et les musées sont friands de reliques animales et des colonies entières de grands pingouins sont décimées par des marins pour leur viande ou l'argent que rapporteront leurs plumes ou leurs peaux. Auguste, jeune naturaliste français, embarque un jour aux côtés de ces marins où, depuis une chaloupe, il assiste à ce massacre. Quasiment tous les oiseaux sont tués, sauf un qui s'échappe dans l'eau. Gus l'attrape et décide de le ramener chez lui pour l'étudier dans un premier temps, puis pour l'envoyer à Lille au museum pour lequel il travaille. Très vite pourtant, quelque chose chez le pingouin l'émeut. L'animal a une démarche gauche, ses ailes trop courtes ne lui permettent pas de s'envoler, mais il a une grâce et une majesté qui sautent aux yeux de Gus. Et surtout, il se fait rare. Les chasses incessantes affaiblissent les colonies de ses semblables, bientôt, c'est sûr, l'espèce sera en danger. Souhaitant le garder bien en vie, il refuse de le livrer en France et part, son ami de plumes sous le bras, aux îles Feroé. Les années passent, Gus se marie, a des enfants. Prosp le pingouin vit avec eux, puisqu'il n'a plus nulle part où aller et l'humain et l'oiseau se sont attachés.
De moins en moins de grands pingouins sont aperçus sur les côtes du Nord, et puis bientôt plus du tout. Comment saurait-il revenir à la vie sauvage après tant de temps apprivoisé par l'homme ? Et quel réconfort y trouverait-il, s'il est le dernier de son espèce ? La mélancolie s'installe dans l'esprit de Gus, un violent sentiment d'impuissance. Comment aimer de tout son cœur quelque chose qui bientôt n'existera plus ? Un récit très touchant sur l'idée de la perte, l'amitié entre les espèces et l'action des hommes sur la nature, capables des plus beaux progrès comme des plus terribles destructions.

Guillaume Lebrun

Christian Bourgois

20,50
par (Libraire)
2 septembre 2022

Grande cocasserie

Aux Éditions Christian Bourgois est sortie cette chose délicieusement absurde qui nous a faites pouffer à maintes reprises ! Au XVe siècle, le roi Charles VI est devenu trop zinzin pour gouverner, il lui faut un remplaçant. Armagnacs et Bourguignons se crêpent le chignon pour la succession. Mais bon, pense Yolande d'Aragon, on ne va pas y passer des siècles, ça va bien les embroutillages ! Elle ourdit un plan : il faut à la France une héroïne qui rallie tout le monde derrière elle, qui donne la foi au peuple et qui boute ces satanés Englishes hors du pays parce que ceux-là zieutent sur le trône d'un peu trop près et il ne s'agirait pas qu'ils s'assoient dessus ! Si une telle prophétesse existait, elle pourrait alors désigner le digne successeur du roi et ce serait évidemment le Dauphin reconnu légitime par le clan de ladite Yo. Pas le temps de siester au palais, notre dame de Cour embarque quelques chevaliers et va quérir dans la campagne douze petites qui suivront son entrainement. Au programme : combat, Histoire et religion. Parmi elles, la future élue de Dieu (enfin, de Yolande, si on attend que Dieu se décide, autant regarder le royaume brûler un sachet de pop-corn en main). Ainsi naîtra celle que vous connaissez sous le nom de Jeanne d'Arc, mais vous n'avez sûrement jamais ouï cette version de la légende. On a adoré ce roman audacieux, décalé et impertinent qui se joue de la réalité historique pour mieux nous esbaudir à coup de grandes batailles improbables, d'apparitions d'outre-monde et de combattantes badass en roue libre !