Laurence H.

Les Presses de la Cité

23,00
Conseillé par (Libraire)
14 janvier 2023

24 heures de la vie d'une femme

Cap Code, une maison de vacances en carton pâte, rongée par les souris l'hiver, des opossums y font leurs nids, mais peu importe, c'est là qu'Ellie passe ses Etés depuis sa naissance. Cette année encore, elle et son merveilleux mari Peter useront leurs vieux shorts, tee-shirts déteints et espadrilles éculées, à essayer de réparer la maison, emmener les enfants à la plage et boire des verres de vin sur la terrasse en regardant le jour tomber sur l'étang où la famille apprend à nager aux plus jeunes. Ce soir là, Ellie aura une étreinte sexuelle aussi furtive qu'intense avec Jonas, ami d'enfance, âme sœur et amour d'une vie. Pendant les 24 heures suivantes, 50 ans de la vie d'une femme passeront entre les pages pour mener Ellie vers ce choix impossible entre Peter et Jonas.
50 ans d'une vie de new-yorkais drôles, élégants et désinvoltes ou l'on préfère si souvent éviter par un bon mot les sujets qui fâchent. Ne pas se plaindre, ne surtout pas lever le voile sur ces petits massacres secrets qui sont autant de traumatisme familiaux. Ellie ne pourra pourtant pas faire l'économie, à l'heure de ce choix cornélien, d'un retour sur un passé particulièrement traumatique.
Miranda Cowley Heller a été la scénariste de séries aussi anthologiques que The Wire, Six Feet Under ou les Sopranos. Autant dire qu'elle n'est pas loin d'être indépassable au niveau sens du dialogue. Ce roman sonne incroyablement juste avec cette singulière capacité anglo-saxonne à creuser la psychologie des personnages sans en avoir l'air, accumulant des petites anecdotes sans signification particulière pour mieux vous transpercer le cœur au détour d'une page. Particulièrement ancré dans l'écrin de cette maison et de son étang, "La mémoire de l'eau" est aussi un roman assez éblouissant sur l'eau, celle de l'Atlantique, celle de l'étang, sur les corps dans l'eau et sur l'herbe, le sable, les vagues, le ciel.

Conseillé par (Libraire)
4 décembre 2022

Quand Proust change ta vie

Clara s'ennuie un peu dans le salon de coiffure où elle travaille. Il faut dire que là où il est placé, les clients ne se bousculent pas. Lorsque ce jeune homme très éloigné de sa clientèle de vieilles dames habituelle part en oubliant son bouquin, il est trop tard pour lui courir après et lui rendre. Las, elle le ramène chez elle et quelque temps plus tard, un dimanche après-midi où elle s'ennuie encore, elle se décide à l'ouvrir. Première page "Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais le temps de me dire "je m'endors'".
Elle continue après cette phrase vaguement connue, presqu'un slogan publicitaire. Et puis d'autres phrases, qui lui parlent un peu, l'agacent ou qu'elle ne comprend pas...; des "mots comme des fourmis alignées". Mais Proust est là, et ne la lâchera plus. Et le lendemain, lorsque sa collège lui demandera ce qu'elle a fait de sa journée, elle s'étonnera de penser qu'elle l'a passé avec un type qui ne quitta plus son lit, écrivit un livre avec des phrases interminables, et qui pour une raison qu'elle ne comprenait pas encore très bien, allait changer sa vie.
Quel joli livre et comment ne pas avoir envie de se précipiter sur cette maligne introduction à la lecture du grand Marcel. Comment ne pas reconnaître ce pouvoir incroyable de la littérature que nous sommes nombreux à avoir vécu. Et oui, parfois, un livre change votre vie. Et Proust n'est pas ce monument qu'on aimerait bien visiter tout en se disant que malheureusement, le ticket d'entrée est trop cher pour nous. Et si madeleine et horaire du coucher tiennent du slogan, hé bien n'oublions pas que nous avons tous du Proust en nous, et que nous sommes en Proust.

1

Le Lezard Noir

19,00
Conseillé par (Libraire)
3 décembre 2022

Cuisine et fantaisie

Un izakaya est une sorte de petit boui-boui, ouvert entre minuit et sept heures du matin, ou on sert au client ce qui lui fait envie.
Même au Japon, les chats la nuit, ne sont pas tous gris et ceux qui poussent la porte de la cantine de minuit viennent chercher bien plus qu'une soupe miso. Le client propose, et le chef cuisine avec ce qu'il a sous la main (et le lecteur se pourlèche les babines). Le petit monde de la nuit, étudiants, stripteaseuses après fermetures, yakusas et policiers, insomniaques de tous genres ce retrouvent dans cette cantoche, pour partager plus qu'un petit repas. Un plat qui réveille un souvenir d'enfance chez un yakuza inquiétant, un curry, une rencontre, des amours naissantes se croisent et se décroisent sous le regard nonchalemment bienveillant du propriétaire-cuisinier-confident.

Conseillé par (Libraire)
3 décembre 2022

Oraison funèbre

Il y a, dans la famille du narrateur, comme un silence, une absence, des photos rangées dans une boite à chaussure "qu'on ne laisse jamais ouverte" très longtemps. Lorsqu'il demande à son père quel est le plus lointain voyage que celui-ci ait fait, la réponse l'étonne, Amsterdam. Pourquoi Amsterdam ? "Pour aller chercher ce gros con de Désiré". Réponse lapidaire, taiseuse qui cache des monceaux de chagrin et de secrets.
Dans cette famille installée dans l'arrière-pays niçois, on est boucher de père en fils, commerçants prospères et respectés, durs à la tâche et travailleurs, on tient son rang. Désiré (ce nom !) est l'ainé, le préféré, celui qui a fait ses études à Nice. Il travaille chez le notaire du bourg. Prestige et fierté. Alors quand il revient les yeux trop cernés de ses week-ends de bringue à Nice, on ferme les yeux. Et quand il commence à manquer de l'argent dans la caisse, on botte en touche. Désiré, l'air de rien, sans d'abord se départir de son aura de fils chéri, s'enfonce doucement dans l'héroïne, de plus en plus maigre, et de plus en plus livide. Le fils prodigue se marie, a un enfant. Le couple s'enfonce dans la dope, et lorsque ces deux-là commencent à tomber malades sans que l'on sache trop d'ou viennent ces pneumonies et ces taches sur la peau, notre coeur de lecteur se serre. On est dans les années 80, et nous savons que le SIDA se développe à vitesse fulgurante, nous savons que l'ignorance et la peur ont condamné des malades à mourir seuls, comme des pestiférés. Les parents de Désiré, malgré un déni obstiné (notre fils ne peut pas avoir attrapé cette maladie) l' accompagneront jusqu'au bout, sans jamais lui lâcher la main, partageant avec le corps médical la détresse liée à l'impuissance; Et pourtant, simultanément et dans tout le roman, en chapitre alternant, se déroule l'incroyable fil de l'identification du virus par les épidémiologistes, et la course effrénée avec les équipes américaines pour être les premiers à trouver un vaccin. Des premières apparitions d'une maladie nouvelle et dévastatrice jusqu'à la mise au point des trithérapies, Anthony Passeron déroule le fil d'une épopée scientifique.
Avec ce premier roman, Anthony Passeron en entre-mêlant une chronique familiale tragique et bouleversante avec un quasi thriller scientifique réalise une entrée assez fracassante dans notre paysage littéraire.

20,00
Conseillé par (Libraire)
3 septembre 2022

"Nous avions oublié que vivre était dangereux"

"Et si....." peut-être le début de la fiction, un détournement de la réalité, une hypothèse enchantée, la trace d'un regret.

Pour Brigitte Giraud, il s'agit de faire le tour ultime de ces "si", avant de signer la vente de cette maison, achetée vingt ans plus tôt avec son mari Claude.
Il n'a jamais habité cette maison. Le lendemain de la signature, sur un coup de tête, il empruntait une moto qui n'aurait pas dû être là à ce moment là et se tuait avec trois kilomètres plus loin.

Brigitte Giraud, avec une obsession du détail sidérante, retrace avec précison cet enchainement de faits plus ou moins signifiants ou insignifiants qui amène à l'inéluctable accident, et ce faisant, construit à leur couple un magnifique tombeau littéraire.

"Et si je n'avais pas voulu vendre l'appartement, Si je ne m'étais pas entêtée à visiter cette maison, si mon grand-père ne s'était pas suicidé au moment où nous avions besoin d'argent, si nous l'avions pas eu les clés de la maison à l'avance, si...."

Brigitte Giraud nous livre un récit de deuil d'une telle intensité dans ce récit de deuil, qu'il en devient d'une folle énergie vitale, et c'est d'une grande beauté.